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2020-06-09T14:36:31+02:00

Éloignez vos enfants des jeux vidéos ! (Parce que ça en fera plus pour vous !)

Publié par Florence Beuken

A. Socialiser, explorer, réfléchir, se concentrer, exercer sa motricité, communiquer, gérer ses émotions, découvrir, se cultiver, prendre sa place, coopérer, coordonner, prendre de la hauteur, se dépasser, faire preuve de patience...


B. Se divertir, se défouler, tuer des monstres...

A votre avis, quelle liste ci-dessus correspond le mieux aux jeux vidéos?

La réponse est : Les deux mon capitaine !



Vous allez me dire "ouais bon, on te voit venir, toi tu aimes les jeux vidéos et tu vas nous vendre ton truc"
Je vous répondrais que ce n'est pas faux. Mais en tant que pro, si je n'étais pas convaincue de ce que j'avance, je sortirais ma console plutôt que de prendre le temps de venir en parler dans un article.

Dans mes jeunes années, les jeux vidéos se résumaient, pour moi, aux jeux auxquels mon frère jouait sur la SuperNES. Mario dans ses aventures mondiales, automobiles et picturales, Zelda et Bomberman.
Je n'étais pas très douée. Mais certains de ces jeux nous permettaient de passer de très chouettes moments dont nous nous souvenons encore aujourd'hui.



C'est bien plus vaste et complexe

Le monde des geeks étaient un grand mystère pour moi et j'en avais, comme beaucoup, une vision un peu caricaturale. Entre les "trucs où on tue tout ce qui bouge" et les "mondes féériques et mystérieux", je dois dire que je n'étais pas très intéressée.

Jusqu'à ce que je rencontre un passionné de jeux vidéos et que je m'intéresse d'un peu plus près à ce monde. 
C'est là que je me suis rendu compte de la multitude de genres de jeux qui existaient, de la complexité de certains jeux "où on tue" et des compétences à développer pour y arriver.


Plusieurs années plus tard, j'ai même mes favoris, mes petites habitudes ludiques.



Ce que j'ai trouvé dans les jeux


 

Le jeu auquel j'ai le plus joué est "un jeu de carte au tour par tour", Slay the Spire, avec plus de 1000 heures à mon actif. (Chiffres qui peuvent faire peur, pourtant je suis une adulte que l'on peut qualifier d'équilibrée ;) )
On a souvent peur qu'un excès de jeux vidéos mène à une dépendance, à la dépression... Pourtant, moi, ce jeu m'a aidée à tenir le coup dans une période difficile où j'étais épuisée, avec de grosses difficultés de concentration et où j'aurais franchement pu glisser vers ces troubles psychiques. Faire, chaque jour pendant une heure, le défi proposé me permettait de canaliser mon attention, réfléchir et surtout me donner la sensation de quand même encore réussir à faire quelque chose quand je ne pouvais plus travailler et que mon corps me disait merde. 

Je fais partie de ces personnes qui ont parfois un peu de mal à trouver le bouton OFF. Certes je pratique la méditation, la pleine conscience. Mais quand le hamster dans ma tête est complètement fou, j'avoue que méditer n'est pas aussi accessible qu'un bon vieux Tetris des familles. Rapide, efficace. Le top.

Quand on est stressé, énervé, parfois "aller tuer du monstre", franchement ça fait du bien. Un Diablo III, tranquille, et encore plus agréable si on est à plusieurs, à mitrailler de clics gauches pour voir s'évanouir ses ennemis (superbement monstrueux d'ailleurs), honnêtement, ça fait un bien fou ! On sort de ce genre de "séance" comme soulagé. Et, je lève la main droite, je jure n'avoir jamais eu envie, ni même la pulsion, de tuer qui que ce soit. (A part peut-être ceux qui me collent ou cognent avec leur caddie dans la file d'attente, mais ça c'est encore une autre histoire).

J'ai parfois pesté sur la difficulté de certains jeux, comme Overwatch, un FPS (jeu de tir à la première personne), qui demande une bonne maîtrise point de vue motricité. Certes on tue "des gens", ceux de l'équipe adverse. Mais le fait de tuer n'est pas ici ce qui nous occupe, c'est à la fois de pouvoir atteindre des objectifs, maîtriser le jeu en utilisant à bon escient les caractéristiques du personnage qu'on a choisi et... communiquer avec les autres membres de l'équipe pour que chacun trouve sa place pour atteindre ensemble cet objectif commun. 

J'ai ri à en pleurer (et à me faire sermonner par ma fille qui ne parvenait pas à dormir) sur un jeu dont j'ai oublié le nom parce que nous l'avons également expérimenté en famille et renommé "les bonshommes mous".

Parfois je me suis plongée dans des histoires. Deux m'ont particulièrement chamboulées. L'une, Enterre-moi mon amour, nous rend à la fois témoin et co-auteur d'un échange entre deux amoureux syriens, dont l'un des deux essaie d'atteindre l'Europe. Glaçant, bouleversant... Moi qui suis sensible à la cause des migrants, je n'avais pourtant jamais perçu leur possible histoire de cette façon. 
L'autre, Lie in my heart, nous mène à la rencontre d'un homme dont la femme s'est suicidée et nous invite à vivre son histoire et poser des choix, afin de voir en quoi nous aurions, peut-être, agi différemment. Immersif et troublant. Rarement un livre ou un film ne m'a laissé cette sensation

Enfin, mon jeu favori du moment, The binding of Isaac, plein de mauvais goût (c'est assurément un PEGI18), mais qui me donne l'envie de me dépasser, et réjouis la "petite fille en moi" avec toutes ces petites surprises (trinkets, salles spéciales, passages secrets...)

 

 

Et nos enfants ?



Certes les jeux que j'ai cités ne sont pas forcément ceux auxquels vos enfants amateurs de jeux vidéos sont habitués à jouer. Cependant tous ces genres de jeux existent dans des versions plus accessibles (en termes de difficultés et/ou de thématiques) ou plus à la mode chez les pré-ados et ados. 


Mon beau-fils de 11 ans, fan de Fortnite, comme beaucoup d'autres de son âge, coordonne ses mouvements, fait preuve de stratégie, communique avec ses coéquipiers, de manière claire et concise (parfois même en anglais ! ), gère les conflits ou désaccords qui peuvent parfois avoir lieu, ou se pose en médiateur, se concentre, apprend à gérer sa frustration en perdant, recommençant et, par là même, en s'améliorant


Je me souviens d'une maman, venue me voir en consultation, et qui s'inquiétait pour son fils qu'elle pensait "addict" aux jeux vidéos tels que Clash of Clans. En discutant de leur réalité à tous les deux, et en faisant un pas en arrière pour la regarder sous un autre angle, elle a pu se rendre compte non seulement de toutes les compétences qu'il avait développées grâce à ses jeux, mais aussi qu'il n'y avait pas de quoi s'alarmer puisque celui-ci continuait à avoir des relations sociales ainsi qu'une excellente relation avec elle (il lui racontait ses jeux et elle était capable de me raconter à son tour avec enthousiasme les différents jeux, ainsi que des termes de "gamer")


On sait également que certains jeux demandent une telle attention globale qu'ils développent les fonctions cognitives. De manière anecdotique, je peux par exemple vous dire par expérience que les gamers masculins, alors que leurs homologues non initiés ne sont capables de faire qu'une chose à la fois (leur cerveau est ainsi fait, on ne peut pas leur en vouloir), sont capables de faire deux choses à la fois (sauf s'ils ont décidé que ce que vous étiez en train de leur dire les embêtait). Ce qui est une excellente nouvelle pour la charge mentale des femmes !

 

Tous le même jeu : tous les mêmes !



Ce qui est également intéressant c'est que, selon les personnalités, les valeurs, les envies, toutes les personnes ne jouent pas de la même façon à un même jeu.
Découvrir son profil de gamer permet de mieux se connaître soi-même, ce qui est même éclairant sur la manière d'agir, de communiquer, de prendre sa place dans la société.

Selon Bartles, universitaire anglais, il existerait quatre type de joueurs. Cette typologie concerne les MMO (jeux en ligne massivement multijoueurs) mais on peut finalement l'appliquer à n'importe quel jeu. Certains vont veiller à proposer des jeux suffisamment riches pour intéresser tous les joueurs, certains s'adresseront plus à un type qu'à un autre.



"Le tueur" : c'est le joueur compétitif, il veut dépasser les autres.
Dans ce contexte, comme dans le jeu de société, il n'est pas négatif de se dépasser, se sentir "meilleur" ou "le meilleur". C'est peut-être au contraire cet aspect qui va permettre à l'enfant de s'accrocher, recommencer, vouloir se dépasser... et donc développer sa persévérance, par exemple.

"Le social" : il est surtout intéressé par les interactions avec les autres joueurs, que ça soit pour de simples échanges ou pour la communication liée au jeu. 

"Le collectionneur" : sa quête réside dans le fait d'amasser un maximum de récompenses ou de trophées. Il ne sera donc peut-être pas intéressé par le but final du jeu, mais par les différents défis, quels qu'ils soient.

"L'explorateur" : c'est celui qui préférera mettre énormément de temps à avancer dans le jeu mais sera certain de ne rien laisser passer. Il "nettoiera les salles" ou "la zone" avant de passer à une autre. Les petites découvertes, les "loots" (objets laissés par un ennemi qu'on a battu), les passages secrets que personne n'aura vu font sont bonheur.

 

 

On dit quand même que les écrans sont nocifs

Et ce n'est pas faux. 
Mais ils ne le deviennent que dans certaines mesures et circonstances.
Dans ce cas, quelle serait la bonne attitude à adopter?



Un accompagnement

Par exemple, les jeunes enfants qui, avant 5 à 7 ans ne sont pas encore capables de gérer leurs émotions seront trop sensibles pour certains jeux, au vu de la thématique abordée, le type d'images ou même la bande son qui ajoute à l'ambiance. 
Il est donc recommandé de les accompagner, ne pas les laisser seuls, longtemps, devant un écran. (C'est pareil pour la télé, pour les mêmes raisons). 


Pour aider au choix du jeu adapté, la signalétique PEGI est une bonne aide. Contrairement aux âges indiqués aux jeux de société, elle ne parle pas de difficulté de jeu, mais de contenu adapté aux différents âges. (Par exemple, si des ennemis ont une apparence humaine, comme dans Fortnite, le jeu n'est pas conseillé avant 12 ans, âge auquel l'enfant est capable de prendre du recul entre fiction et réalité).
Cependant, c'est vous qui connaissez le mieux votre enfant et savez ce à quoi il risque ou non d'être sensible. Pour les plus jeunes, comme on peut parfois être surpris par leur sensibilité à certains éléments, rien ne vaut un accompagnement ou au moins une présence pendant leur jeu. 

(Pedagojeux, dont je suis ambassadrice, propose des ressources en ligne pour les parents inquiets-mais-qui-ont-envie-d'en-savoir-plus)

 


Un peu de tout (comme les fromages belges)



Le jeu vidéo est une activité comme une autre, avec toutes ses richesses. Cependant on va s'alarmer plus rapidement d'un enfant qui passe son temps sur League of Legends que d'un autre qui passe sa journée dans sa chambre le nez dans ses bouquins. 

L'un et l'autre ont également besoin de voir des copains et de se dépenser physiquement. L'important est qu'ils goûtent à diverses activités : intellectuelles, divertissantes, physiques et sociales. 

 


Découverte VS diabolisation

 

Souvent l'inconnu fait peur. Une solution : faire en sorte que ce ne soit plus inconnu.
Demandez à votre enfant de vous parler de son jeu. Mieux : de vous montrer. Mieux encore : de vous y initier.


Les enfants à qui je l'ai proposé en consultation ont tous eu les yeux qui pétillaient à cette idée : ils allaient apprendre quelque chose à leurs parents et en plus, leurs parents allaient s'intéresser à quelque chose qui leur tenait à coeur.
Ce moment partagé fait du bien à la relation, permet au parent de mieux comprendre pourquoi son enfant est autant intéressé.
En outre, en connaissant mieux le fonctionnement de ces jeux, les parents peuvent mieux mettre les limites. Ces limites justes et conscientes qui permettront certainement d'éviter des conflits (par exemple, il comprendra pourquoi il est difficile pour un enfant d'interrompre sa partie immédiatement quand on l'appelle) et de maintenir la sécurité en connaissant le fonctionnement et les risques réels (par exemple pour le jeu en ligne).

 

 



N'oublions pas que le jeu vidéo est et reste un jeu.
Et donc par définition un plaisir qui peut être partagé et qui permet d'apprendre. 


Laissons-lui simplement sa juste place. 


 








 

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