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coups de gueule

2020-12-22T10:33:51+01:00

"Nous sommes les sacrifiés !" - Quand les professionnels de la petite enfance s'épuisent

Publié par Florence Beuken
"Nous sommes les sacrifiés !" - Quand les professionnels de la petite enfance s'épuisent

Nous sommes un mercredi soir d'août, il fait encore une chaleur difficilement supportable. Cette équipe de crèche, après sa journée de travail, a disposé des chaises dans la cour, pour démarrer deux heures d'analyse de la pratique professionnelle. Cette disposition va permettre de tomber le masque, qu'elles ont déjà gardé toute la journée, en respectant le mètre de distance entre chacun d'entre nous.

 


Nous nous sommes rencontrés pour la première dois dans des circonstances particulières : l'après-confinement. Cette rencontre leur avait permis de, pour la première fois depuis la reprise, partager la tempête d'émotions qui les submergeaient, mais qu'elles ne s'autorisaient pas à laisser sortir : "les enfants sont là, ils n'ont rien demandé, on doit les accueillir du mieux qu'on peut". 

 

Tempête émotionnelle

Angoisse face au virus, tristesse pour certaines qui ont vu la maladie de près, voire ont perdu un proche, devant l'énormité de la tâche additionnelle à accomplir en termes d'hygiène et d'organisation, inquiétude dans une période d'incertitude où les règles, les théories et les attentes changent régulièrement et le plus souvent du jour au lendemain, satisfaction aussi de reprendre le travail, retrouver les collègues, les enfants, les familles, motivation de se sentir à nouveau utile, épuisement face à une organisation pro-privé encore plus complexe qu'habituellement, réassurance de voir que les enfants s'adaptent bien (au masque, aux changements) et finalement eux/elles aussi...

 

Et à la rentrée?

Cette équipe, à deux semaines de la fermeture estivale, est aujourd'hui épuisée. Sur les genoux. 
Comme toutes les équipes, toutes les années à cette période où on a souvent donné énormément.
Mais cette année encore plus.
Car il y a la fatigue. Mais il y a aussi "et en septembre?"

Septembre. Dans ces temps particuliers, septembre semble à la fois très proche et très lointain. Encore plus que les autres années.
D'ici le mois de septembre, on a le temps de connaître une flopée d'organisations/théories/décisions différentes face au virus. Mais septembre sera aussi là tellement rapidement qu'on n'aura pas eu l'occasion ni le temps d'envisager tous les scénarios possibles pour se préparer à la reprise dans les meilleures conditions.

"J'en suis à 4 scénarios possibles. Je n'arrive pas à arrêter d'y réfléchir, ça tourne en boucle. Il faut que les équipes aient de bonnes conditions de travail, que les enfants soient bien accueillis, que la structure puisse tourner... tout ça en respectant les conditions d'organisation qu'on va nous annoncer probablement juste avant la rentrée".
Une équation a priori impossible. Cette directrice ne peut retenir ses larmes. Son équipe tente de la rassurer, de loin. Certes les équipes ont fait preuve de créativité, d'adaptabilité... Mais combien de temps pourront-elles tenir comme cela?

Dans une autre structure, les différentes sections doivent jongler pour ne pas se croiser. L'équipe des bébés doit aller s'enfermer dans une pièce pas du tout adaptée pour les jeux d'enfants de cet âge, car la pièce principale est utilisée par une autre pendant le temps de l'accueil des familles.
La tension monte, chaque professionnel prend sur soi, on essaie de trouver des solutions en communiquant le plus possible... ce qui n'est pas facilité par le fait de ne pas pouvoir se voir. "On le fait après journée, c'est le prix à payer".

 

Pas de reconnaissance

"Je suis très en colère. Ils ne doivent pas se rendre compte là haut ! "
Les professionnels pensent qu'ils sont encore vus comme des gens assis au sol avec les enfants, à jouer avec eux toute la journée. 
"C'est une vocation, alors on pense qu'on peut tout nous demander, changer les choses du jour au lendemain. "
"On n'est pas reconnus pour ce qu'on fait. C'est ça qui nous manque, de la reconnaissance. On est maltraités."

Certains en arrivent à se dire qu'ils ne peuvent plus faire que de la garderie. Parce qu'on ne leur donne plus l'espace, le temps, le personnel suffisant pour accueillir.
Toutes les équipes que j'ai rencontrées sont solidaires des enseignants, mais ne peuvent en même temps pas s'empêcher, et c'est humain, de se sentir laissées pour compte, car "même les enseignants, maintenant, ont été un peu aidés". "On est vraiment oubliés, nous, professionnels de la petite enfance. Alors qu'on sait, en principe, à quel point le travail fait pendant la petite enfance est essentiel pour l'avenir de l'enfant. Si ça se trouve, le futur Président de la République est dans notre crèche en ce moment.!"
"Pourtant on a quand même dit plein de choses sur les enfants en bas âge : porteurs sains, vecteurs, puis en fait non, pas de risque, puis peut-être que si. Finalement on ne sait pas, et si ça se trouve on risque notre vie. Et rien n'est fait pour nous. On est les sacrifiés."

 

Le temps a passé. Pas les émotions.

Nous sommes en décembre. C'est, comme avant les vacances d'été, souvent une période où on est fatigué, dans les crèches. Tout le monde, personnel et enfants.
Mais cette année, c'est presque indescriptible.
Les absences de personnel. La surcharge de travail qu'implique l'accueil d'intérimaires qui repartiront rapidement malgré tout, certains en avouant que c'est vraiment trop dur. Toujours ces protocoles, le conflit intérieur de ne pas pouvoir accueillir les enfants aussi bien qu'on le voudrait. Les premières observations sur ce type d'accueil, et notamment le port du masque, et leur impact probable sur l'état émotionnel et le comportement des enfants. La fatigue. La colère. La lassitude. Et, pour certains, le désespoir d'un avenir proche qui soit meilleur.

De mon côté, je suis fatiguée aussi.
Fatiguée d'avoir pour mission d'accompagner, soutenir, aiguiller les équipes, mais de me sentir parfois démunie car "c'est tout pourri et on ne peut rien y changer"
Fatiguée de voir que ces fameux protocoles qui changent tout le temps, ne sont même pas les mêmes, ou pas compris de la même façon d'un endroit à l'autre. Mais à part interpeller, questionner, inviter à la réflexion, je ne peux pas faire grand chose.
Fatiguée parce que moi aussi, indépendante, j'en bave. 
Fatiguée parce que, initialement travailleuse sociale et un peu justicière dans l'âme, j'aurais envie d'inviter à la révolte. Mais je ne peux pas, quand je porte cette casquette, car j'ai un devoir de réserve.

 


Alors j'écris ce billet. Certainement très mal structuré, mais tellement plein d'émotions.

Pour qu'il atterrisse là où il faudra.
Pour peut-être au moins changer les consciences sur cette profession méconnue.
Pour qu'on n'oublie pas ces professionnels que j'admire car ils se battent plus pour continuer à faire un bon boulot que pour sauver leur peau.





 

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2020-03-23T15:24:50+01:00

S'il suffisait qu'on s'aime...

Publié par Florence Beuken

Notre chère Céline se faisait déjà cette réflexion il y a pas mal d'années. Pourtant, les comédies romantiques continuent de nous faire croire à la magie de l'amour, celle qui permet de tout traverser, main dans la main, toi et moi contre le monde entier... et contre le covid19 ! 

 

Certains y arrivent. C'est vrai. Et ils se font entendre, haut et fort, sur les réseaux sociaux, comme Josiane "Je ne comprends pas tous ces articles ! Mon mari et moi ça fait 30 ans qu'on vit ensemble, on est très fusionnels, je ne vois pas où est le problème. Si on s'aime, être confinés ensemble n'est pas un problème ! "

Chère Josiane, j'ai tout d'abord envie de vous dire bravo pour cette longévité. Je ne pense pas que vous ayez traversé ces trente années en étant toujours au haut de la vague, être en couple demande des ajustements, de la communication, de la prise de recul... ce qui n'est pas toujours facile ! 

Sachez aussi que tous les couples ne sont pas fusionnels, ils sont même plutôt rares. Donc oui, il est probable que ces couples qui ont un fonctionnement très différent de celui de confinement vont devoir se réinventer, pour quelques semaines, afin de ne pas (trop) vivre de tensions, ou les traverser sans dégâts.

Enfin, peut-être avez-vous la chance d'avoir les ressources nécessaires à une bonne intelligence émotionnelle, relationnelle. Auquel cas, effectivement, cela vous semble peut-être aller de soi. Malheureusement, nous apprenons énormément de choses à l'école, mais ces apprentissages-là n'en font pas encore suffisamment partie. Et il y a peu, les émotions étaient encore prohibées.


Quelles sont donc ces habitudes que vous avez probablement sans le savoir, un peu comme Monsieur Jourdain, et que vous pourriez partager à ces couples?

 

Des choses à se raconter



Comment ça se passe d'habitude : 

A part dans la phase "lune de miel" où on a tout à se raconter, sur soi, sa vie, ses envies, ses projets, ses sentiments... un couple en général vaque à ses occupations durant la journée et se retrouve le soir. Chacun a alors son petit rituel où on va se raconter la journée, les bonnes ou mauvaises nouvelles, les anecdotes des collègues, le joli mot du petit dernier...


Ce que Josiane fait (peut-être) :

Probablement, Josiane, vous aussi, même si vous êtes toujours l'un avec l'autre, avez-vous mis en place des activités un peu différentes, ou avez-vous des sujets de conversations sur lesquels vous pouvez vous amuser à débattre?


Les leçons à en tirer en cette période de confinement :

Préservez des moments où vous allez faire des choses de votre côté. Certes, vous pouvez tout à fait profiter pour faire plus de choses ensemble, aménager les horaires. Mais conservez ces petits moments où vous faites des choses différentes, que ça soit le boulot, ou simplement des activités. Il y a probablement des choses que vous aimez faire, mais en solitaire, ou encore que votre conjoint n'adore pas. Profitez-en, ça fera des choses à raconter. Si en plus vous avez défini des horaires, même approximatifs, cela vous aidera à savoir quand être disponibles l'un pour l'autre. 

 

 

Des besoins exprimés

 

Comment ça se passe d'habitude : 

Les fonctionnements de couple diffèrent vraiment d'un couple à l'autre. Mais un aspect qui se retrouve chez beaucoup est celui de croire que l'autre peut lire dans nos pensées. Certains, selon la sensibilité et la connaissance mutuelle, peuvent effectivement parfois en arriver à quelque chose de semblable. Ceci dit, la plupart du temps cela peut créer des insatisfactions, de la tristesse, de la frustration... qui, selon les cas, l'intensité et l'accumulation peuvent créer des tensions très compliquées à vivre.
 

Ce que Josiane fait (peut-être) :

Peut-être que Josiane exprime, simplement ses besoins à son Jules. Et que celui-ci les entends. (Et vice-versa)
C'est évidemment la meilleure des choses à faire.
Mais il se peut également que leur couple a pris l'habitude d'une relation complémentaire : un dominant, un dominé. Ils ne s'en rendent même plus compte, mais les décisions sont très souvent unilatérales. Peut-être que ça peut leur convenir, ça s'est vu. Mais peut-être aussi que le dominé, qui accepte que l'autre dirige la barque, apaise, voire noie sa frustration, voire sa colère lors d'activités solitaires, comme le jardinage, le bricolage, les loisirs créatifs, les moments entre potes ou copines, ou encore à s'occuper des petits enfants.
Selon les activités prévues, mais aussi avec ce stress permanent (avec les réseaux sociaux, la télé en permanence allumée sur les infos), il est possible que l'un ou l'autre ne trouve plus sa bulle nécessaire à l'apaisement et que, l'autre étant omniprésent n'accentue encore ce sentiment de frustration. 


Les leçons à en tirer pour cette période : 

Exprimez-vous ! Et pas quand vous êtes déjà prêt.e à exploser, non dès que ça ne va pas. Parfois même déjà avant ! 
Pour ce faire, rappelez-vous que l'autre n'est pas dans votre tête. Il n'a pas la même vision de la situation que vous. La plupart du temps, il ne le fait même pas intentionnellement. Donc à vous de lui expliquer VOTRE réalité.
La communication non violente est une communication qui prend en compte ces différences de point de vue, aide à entrer dans le monde de l'autre avec bienveillance et respect, protège la relation, mais aussi les attentes et besoin des deux parties. C'est une habitude à prendre, mais une fois qu'elle devient plus naturelle, elle semble tellement aller de soi.

De manière simplifiée, on peut en retenir ceci : 
- Je parle de MOI, de ce que je vis. Je commence donc par "je", et non par "tu" (Les "tu n'as pas fait ceci" risque très souvent d'être compris comme des attaques... et de générer une contre-attaque qui mène généralement à l'escalade. Préférez vraiment le "je")
- J'exprimes les FAITS (pour que mon conjoint comprenne comment j'ai vu ou perçu la situation), mes EMOTIONS par rapport à cette situation, les BESOINS qui ne sont pas rencontrés, de par cette situation, et j'explicite mes ATTENTES. 

Puis, en vous ménageant des temps pour vous, cela aide aussi à faire retomber les éventuelles tensions. Toujours plus simple pour s'exprimer en mode "non-violent". (Quand on est en plein dans l'émotion, à chaud, on n'est pas capable de réfléchir, de mentaliser ce qui se passe pour nous... Prenons un peu de recul, soufflons, pour comprendre puis exprimer calmement ce qui se passe.)

 

 

Le plaisir de se retrouver

Comment ça se passe d'habitude :

Chaque petite séparation signifie qu'il y aura des retrouvailles. Ces séparations, chez certains couples, peuvent parfois durer plusieurs jours, selon les emplois par exemple. Et souvent, on est heureux de se retrouver. La plupart du temps, les séparations, c'est le boulot, les activités, les soirées avec les amis respectifs. De petites séparations, que l'on ne voit d'ailleurs pas comme telles. Mais qui sont aussi des bouffées d'oxygène qui vont rendre plus savoureuses la vie en commun. 

Ce que Josiane fait (peut-être) :

Même en étant très fusionnels, Josiane et son Jules se retrouvent probablement. Parce que se retrouver, ce n'est pas seulement se séparer physiquement pendant plusieurs heures ou jours, c'est aussi se retrouver dans des contextes différents, c'est aussi avoir simplement des activités différentes à certains moments de la journée (même si on se trouve dans le même pièce).
C'est réinventer à chaque fois son couple, prendre conscience à chaque moment du plaisir que l'on a de revenir l'un vers l'autre.

Les leçons à en tirer pour cette période : 

Les retrouvailles ça peut être aussi simplement se retrouver dans d'autres conditions : changer des habitudes, changer de lieu (pourquoi pas faire un pique-nique au milieu du salon, ou dans le jardin?), préparer une surprise, se séduire à nouveau, pimenter sa sexualité...



S'il suffisait qu'on s'aime...

Mais non, l'amour ne suffit pas. En temps normal, comme en temps de confinement.
S'aimer, et préserver cet amour d quotidien, des différences individuelles, c'est tout un art.

Et si on profitait du confinement, pour expérimenter de nouvelles façons de se retrouver?

 

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2019-11-16T12:18:00+01:00

"Une séance, s'il- vous-plait ! Et une suspendue" Quand la solidarité s'en mêle.

Publié par Florence Beuken

Je pense que je suis une révoltée dans l'âme depuis très très longtemps. L'injustice m'a toujours semblé insupportable. J'ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes qui m'ont permis de saisir des chances et sortir d'un chemin qui aurait pu être tout tracé pour moi.



Pendant mes études, je n'osais sortir de ma réserve pour m'insurger contre la théorie de "l'héritage culturel". Que faisais-je là, sur ces bancs de l'école, s'il y avait cette fatalité de rester dans le niveau social que nos parents nous transmettaient ? Je ne le voulais pas pour moi. Je ne le voulais pas pour les autres.



Ce sentiment d'injustice m'a poursuivie et je le ressens encore régulièrement quand j'entends des personnes me dire "je ne vais pas pouvoir suivre les séances, c'est un peu compliqué niveau budget."


Y a-t-il une fatalité à continuer à aller mal, si ça va mal financièrement?

Certes, je pense que parfois cela peut être une question de volonté. Il y a des choix à faire, et décider d'aller bien peut être une priorité. Je repense souvent à Monsieur O. qui, à 67 ans, faisait deux fois par mois une dizaine de kilomètres à pieds pour venir en thérapie, et prévoyait son budget en fonction de cette "activité nécessaire à son bien-être", malgré une petite retraite.
Pour l'avoir vécu de l'intérieur, parfois ce n'est tout simplement pas possible. On peut retourner le problème dans tous les sens, on peut réduire les dépenses au max, manger des pâtes au beurre en fin de mois (qui commence de plus en plus tôt), on ne trouve pas cet argent qui pourrait nous aider à sortir la tête hors de l'eau.
Il arrive d'ailleurs qu'on ne rentre pas dans les cases de "ceux qui peuvent bénéficier d'une aide", parce que, oui, on peut travailler et "être pauvre", on peut "être propre sur soi et donner le change" mais en crever.

 



Quand j'en ai eu l'occasion, j'ai proposé à des personnes, qui osaient me le dire, de réduire le montant des séances, de les espacer, de faire du troc... Mais je me mettais finalement en difficulté. Et ce n'était pas "juste" pour moi.
Dans les réseaux d'entrepreneurs, j'ai pu constater que d'autres collègues se posaient la même question : comment trouver l'équilibre entre main tendue et respect de soi ?

C'est alors qu'est venue l'idée des "séances suspendues". A l'instar des cafés suspendus, projet initié en Italie il y a quelques années.


Le fonctionnement? Très simple et basé sur la solidarité : une personne qui "passe par là" et en a la possibilité, laisse le montant d'une séance (ou une moitié) pour qu'une personne qui passera par là plus tard, et n'a pas les moyens de se l'offrir, puisse bénéficier de cette séance suspendues.



De mon côté, ça y est, j'ai franchi le pas : une page explicative sur mon site a été créée, un compte paypal entièrement dédié à ce projet a été ouvert. Je n'attends plus que les généreux donateurs...
 


D'ailleurs... saviez-vous que le 3 décembre était la journée de la générosité ("Giving Tuesday" aux Etats-Unis)?
A cette occasion, je ferai une action spéciale pour accueillir de nouvelles personnes. Vous m'aidez?

 

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2019-11-04T13:54:58+01:00

Ôtez cette étiquette que je ne saurais voir

Publié par Florence Beuken

 

C'est ma fille, lors de mon anniversaire, qui m'a fait cogiter sur tout ça en me souhaitant ses bons voeux et en me demandant de rester toujours aussi jeune dans ma tête, ainsi que sa maman meilleure amie.
Bien sûr, j'ai trouvé ça touchant. Mais en même temps, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ce qu'on m'a inculqué comme ce que devait être la relation parentale (ou éducative au sens large), ou en tout cas ce qu'elle ne devait pas être : une relation d'amitié !

 

Mettre les lunettes de l'autre pour mieux comprendre ses mots



Puis j'ai réfléchi, et j'ai discuté avec elle de ce qu'elle voulait dire par là. Et donc ce qu'elle mettait derrière cette étiquette : la confiance, le fait de pouvoir parler de ce qu'elle vit, ses émotions, être acceptée et aimée comme elle est, le fait de rire ensemble, passer des bons moments, m'aimer et me respecter, aussi.


Pour moi, cette présence, cette confiance, cet amour inconditionnel, cela fait partie de mon rôle de maman (tel que je le conçois pour moi). Les règles? L' "autorité"? Elle a 14 ans, les règles importantes pour moi, elle les a intégrées. Les nouvelles, celles qui correspondent à son évolution d'adolescente, on en discute ensemble. C'est ce qui fait que j'ai confiance en elle, que je peux lui laisser une certaine liberté.


La confiance qu'elle a en moi? Le fait qu'elle me raconte sa vie, me demande mon avis? J'en suis évidemment ravie. Mais ça, c'est elle. Elle qui choisit de le faire. Elle qui choisit cette part de notre relation.
ça ne durera peut-être pas. Je ne le sais pas, ça lui appartiendra, ça aussi.

 

"Je ne suis pas ta copine !"



Donc cette "étiquette" qu'elle a joliment collée sur notre relation actuelle, elle ne correspond pas à cette phrase que nous avons peut-être toutes déjà prononcée "Je ne suis pas ta copine!" mais à sa définition d'un vécu. Son point de vue à elle, avec ses mots à elle.

C'est pourquoi c'est tellement important d'aller voir ce qu'il y a dessous.

 

Dis-moi quelles sont tes étiquettes, je te dirai ... euh... pas forcément qui tu es



J'ai alors re pensé aux étiquettes que je portais étant enfant.
Je crois que les deux plus grosses étaient "lente" et "timide". Quoique la "sage" prenait pas mal de place non plus.
Elles m'ont poursuivi très longtemps, celles-là. Parfois, je dois encore gratter la colle qu'elles ont laissée.

Oh je ne peux pas donner tort à mes parents, ni à toutes ces personnes qui me les ont appliquées.
J'étais toujours la dernière à terminer mon repas, qui souvent était froid. Je mettais des plombes à terminer mes exercices en première primaire (CP), ce qui me valait souvent d'être surnommée "la limace dans un pot de confiture" par la maîtresse. En sport, n'en parlons même pas. C'était la catastrophe et j'étais toujours la dernière "choisie" lorsqu'on faisait les équipes.

 

Mais ces étiquettes, étaient-elles/sont-elles moi?


Je ne peux pas m'en cacher, c'est vrai que j'ai ces traits de personnalité, ou ce fonctionnement... Mais la formulation n'est, avouons-le, pas très très positive. (La "limace dans un pot de confiture", il y a du level, quand même !)


Avoir ces étiquettes version "bof" m'a donné une image de moi "bof" pendant longtemps. Puis l'envie de me battre contre celles-ci pour ne plus être "timide", "lente", "trop sage" (traduction "chiante comme la pluie") et donc me sentir mal, car je luttais finalement contre ma nature. 


 

C'est pendant mes études pour devenir éducatrice spécialisée que j'ai vu qu'on m'accueillait comme j'étais. Tant mes "collègues" que mes profs. J'étais comme j'étais, il n'y avait pas de moule pour être éduc (contrairement à mes études précédentes pour devenir prof), on partait de ce qu'on était pour offrir le meilleur aux personnes qu'on accompagnait.
Ma timidité est devenue une grande capacité d'écoute, ma lenteur une façon d'être posée et même apaisante. Quant au côté sage, je l'ai gardé pour être dans le respect des personnes... et je l'ai laissé derrière moi pour apprendre à sortir du cadre quand je n'étais pas d'accord, ne comprenais pas ou ne trouvais pas de solution. J'ai transformé mes "étiquettes" en "facettes"... Ce n'est pas quelque chose qu'on m'a collé dessus, c'est moi. Selon la lumière qui s'y reflète ça peut sembler bien ou pas bien (et cela dépend donc du regard de l'autre, pas de ce que je suis réellement !) Je peux les transformer au fil du temps, car il y a l'usure, il y a les choix... Et finalement, c'est très précieux tout ça : un peu comme un diamant.

(Et si Marilyn Monroe dit vrai, je suis donc ma meilleure amie!)

 

 

"Le pouvoir de l'acceptation"



Ces grosses étiquettes moches représentent aujourd'hui encore des parts que je n'apprécie pas toujours chez moi, mais aussi les parts de moi que j'aime le plus parce qu'elles font "moi".



Etre dans l'acceptation de ce que je suis au fond de moi m'a également permis d'être plus en paix avec moi-même. Et si ma timidité me fait encore enrager quand, dans un repas avec des personnes que je ne connais pas bien, je n'arrive pas à parler de tout et de rien sans me mettre la pression, dans d'autres circonstances, comme lorsque je donne des formations, les personnes en face de moi tombent des nues quand je leur avoue ce trait de ma personnalité, ou cette difficulté que je peux encore vivre.

 

 

 

 

 

Des post-it-oeillères (parfois collés avec de la superglue)
 


C'est ce travail sur moi qui me permet aussi, je pense, d'être dans la plus grande ouverture possible face aux personnes. J'ai toujours besoin d'aller plus loin que l'apparence ou l'étiquette mise par d'autres. Pour moi, même si je vois des actes qui ne me semblent pas top, je pense qu'il y a une explication qu'on peut essayer de découvrir. Pour moi, les généralisations tuent. Car chaque personne est différente.

 

C'est dans cette façon d'envisager mon individualité que j'accepte de montrer certaines de mes facettes aux personnes que j'accompagne. Ma fille me disait "mais maman, t'es pas sérieuse?" quand j'ai acheté ma fabuleuse trousse "je peux pas j'ai aqualicorne" !
- Que vont penser tes patients?
- Qu'est-ce que tu penserais, toi, si tu voyais une psy avec cette trousse?
- ça me ferait rigoler, je crois, puis je la trouverais sympa.

Voilà, les personnes qui viennent chez moi, viennent parce que ce je leur propose leur parle. Et comme mon premier outil de travail c'est moi, c'est que ça leur convient. Je n'ai pas à faire la "psy sérieuse à barbe" puisque ce serait jouer un rôle. Si ils trouvent trop bizarre ce que je suis, c'est probablement qu'un de mes confrère avec d'autres caractéristiques leur conviendra mieux !

Pour ceux qui ne me connaîtraient pas, ceci n'est pas réellement moi.


Cette ouverture, j'en ai d'ailleurs fait l'une des règles que j'explique lorsque je démarre une formation : la règle d'ouverture. Chacun a ses idées, opinions, valeurs... On a le droit de ne pas être d'accord, de ne pas comprendre. Dans ce cas, il est préférable de poser des questions, essayer de comprendre... et toujours sans jugement.

En partant de ce principe, on a tellement à gagner !

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2019-10-29T14:48:45+01:00

"Salut, t'as fait caca?" Ou comment s'enquérir du bien-être de ceux qui comptent.

Publié par Florence Beuken

En discutant par message avec une amie qui venait de vivre pas mal de choses bousculantes, tant physiquement qu'émotionnellement, j'ai eu envie de m'enquérir de son bien-être et tout naturellement, sans y penser, je lui ai demandé comment elle allait.

En l'écrivant, j'ai eu cette réflexion "Mais purée, Florence, elle ne va pas, elle se pose enfin ! Et c'est ça qui est bon !"
Le hamster dans ma tête a alors sauté dans sa petite roue et entamé sa course folle.

 

J'apprends encore, et de plus en plus, à être dans le moment présent, dans la pleine conscience, à savourer les moments à parfois ne "rien faire" sans culpabilité... C'est également mon credo quand j'accompagne les personnes en burn out. Je pensais être consciente de la culture de la perfection, de la pression dans laquelle nous vivons, mais n'avais encore jamais remarqué que cela allait jusqu'à ces simples mots !
Comment ça va ? Non mais oh même là on doit être dans l'action, on doit "aller", être en mouvement.

A mes patients qui arrivent en séance, c'est ma première question, rituelle "Comment allez-vous ?", dans ce moment où ils posent pourtant enfin leurs fesses dans mes fauteuils douillets pour une heure dans leur semaine...
Certes, cela peut sembler ridicule, anodin. Mais ... le pouvoir des mots, quoi !

 



J'ai eu envie de partager cette réflexion sur ma page Facebook. Et là, une explication m'a été apportée. Même si, après une rapide recherche sur le net, j'ai pu voir que celle-ci était historiquement contestée, je l'ai trouvée assez intéressante. Elle daterait de la fin du moyen-âge, époque où la médecine générale s'ouvrait au plus grand monde et où les médecins prenaient la mesure de l'état de santé de leur patient en leur demandait "Comment ils allaient à selles" puisque "si le caca va, tout va" (celle-ci elle est de moi, je vous en fais cadeau!)


Certes les sites "docticissants" font se prendre beaucoup d'entre nous pour des médecins, mais quand même, pourquoi avoir gardé cette expression ? Parce que, souvent, quand nous demandons aux personnes comment elles vont, nous pensons à l'humeur, au moral, à la vie, plus qu'à la santé... Et, peut-être même, si j'en crois l'aveu de quelques personnes, qu'il ne s'agit que d'une formule de politesse qui n'attend pas de réponse réelle, laquelle rendrait mal à l'aise si toutefois elle était négative.

J'ai alors décidé de pousser (pardon pour ce jeu de mot très limite) un peu plus loin ma réflexion en allant chercher du côté de la médecine chinoise. En effet, j'aime cette approche car elle considère corps et mental intimement liés. Et même si en occident nous ne nous ouvrons que très timidement à cette vision de la santé globale, il faut avouer que dans le langage courant, certains signes nous montrent que nous n'y sommes pas aussi fermés qu'on pourrait le croire. (Vous n'avez jamais prononcé le fameux "Pète un coup, ça ira mieux", vous? )

Toujours est-il que les intestins, et tout ce circuit de la digestion représente, émotionnellement la facilité, ou la difficulté, à évacuer des choses, des crasses, à être, quand ça bloque, dans la frustration, les contrariétés... Ces choses que, finalement, on ne "digère pas". On parle même, de façon assez poétique, d'une "décantation de l'impur". Dit comme ça, ça semble si limpide (l'explication, pas... enfin vous voyez !)

Donc finalement, réalité historique ou non, quand nous demandons aux gens comment ils vont, cela revient un peu à dire "C'est ok, tu as bien évacué toutes les crasses de ta vie?" ou encore "tout est digéré? derrière toi?"



Ça me fait d'ailleurs penser à une époque où je concentrais toutes mes consultations en une journée, et où je commençais donc très tôt. Une amie avait beaucoup ri à cette anecdote que je lui avais racontée sur mon rituel de la journée : "quand j'arrive au centre de consultations, je dépose mes affaires dans mon bureau et je file aux toilettes. C'est nécessaire, un peu comme si je me débarrassais de mes soucis pour être ensuite entièrement disponible pour les patients." Quand j'y repense, je me dis que les chinois m'auraient donné raison. Et peut-être même les médecins moyennageux ! :D
(Inutile d'imaginer : je démarre maintenant mes journées plus tard, donc mon rituel est différent. Quoique si ça peut vous aider à être moins intimidé pour venir en consultation, libre à vous ! :D)

Outre ces considérations très pipi-caca (je dois avouer être encore très connectée avec ma Florence-de-5-ans-intérieure), je voudrais quand même revenir à ce poids des mots. Un des followers de ma page faisait le lien, à juste titre, avec cette question que l'on pose régulièrement pour faire connaissance : "que fais-tu dans la vie?" Mafalda ou John Lennon avaient des réponses que j'aime beaucoup. Mais nous, nous nous focalisons la plupart du temps sur notre profession. (Et je ne vous raconte pas le temps de silence voire de malaise lorsque je leur réponds) Ne sommes-nous que ce que nous faisons comme boulot? Ne sommes-nous que ce que nous faisons? Quelle tristesse de ne voir que cela...

Source pinterest



Je ne sais pas encore comment formuler différemment mes questions pour entrer en relation avec les gens. Mais une chose est sûre mon hamster dans ma tête m'a aidée à vouloir changer ces mots, pour les rendre plus alignés avec ma pensée, mon intention...

Certes, je vais passer pour une folle si je demande aux gens que je rencontre "Etes-vous heureux?" ou encore "Qui êtes-vous?" Pourtant ce sont les vraies questions que j'ai envie de poser...
Peut-être commencerais-je par "Comment vous sentez-vous?" aux personnes qui me connaissent déjà un peu?


Et vous, qu'en pensez-vous? Quelle intention mettez-vous dans vos "ça va?" Aimeriez-vous aussi changer les mots?
Et si on se créait un nouveau lexique?




 

 

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2019-07-10T11:43:57+02:00

« La loi anti-fessée », dans les journaux, ça m’énerve !

Publié par Florence Beuken

 

Je dois avouer que je ne suis pas énormément l’actualité. Si une journaliste de Radio Classique ne m’avait pas appelée pour en parler, je n’aurais appris, comme tout le monde que la fameuse loi qui a fait couler beaucoup d’encre allait passer, le mardi 2 juillet.

Depuis, j’ai pu voir avec plaisir que beaucoup de médias s’en réjouissaient. Ce qui est une très bonne chose, sachant que cette loi n’est pas au pénal et a donc essentiellement une fonction symbolique avec pour but de faire changer les mentalités sur notre vision de l’éducation.

Ce qui est une nettement moins bonne chose quand on considère que la totalité des articles que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux se réjouissaient en fait du passage de « la loi anti-fessée » !

Excusez-moi, mais (heureusement nous ne sommes plus dans le « mois sans râler »), mais j’ai un peu de mal à contenir ma colère quand je lis ça !



Pourquoi ce n’est pas la loi anti-fessée ?

Parce que c’est la loi anti-veo (violences éducatives ordinaires), et non pas uniquement « fessée ». C’est-à-dire que chaque acte teinté de violence (un peu, beaucoup) et qui est utilisé dans un but éducatif est une veo. Donc oui le « je vais t’en foutre une bonne, tu comprendras mieux » en fait partie, mais pas seulement.

On évolue sans cesse sur la connaissance de l’homme, de son évolution, de son développement, de ses besoins. C’est ainsi que les recherches en neurosciences affectives ont fait des découvertes importantes ces vingt dernières années sur l’évolution du cerveau de l’enfant et son développement émotionnel. Ces recherches, expériences et études ont permis d’affirmer un certain nombre de principes sur l’éducation donnée à nos enfants, qui remettent en cause ce que nous avons appris, et probablement nous-mêmes reçu. Et le changement, ça secoue, ce n’est pas toujours facile de l’accepter.

Nous savons par exemple qu’un enfant n’est pas encore capable de contrôler, gérer et comprendre ses émotions avant l’âge de 5 à 7 ans. Il a besoin qu’on l’accompagne, qu’on reconnaissance et nomme l’émotion dans laquelle il se trouve (on parle même de « tempête émotionnelle »). Il a également besoin que l’on réponde à ses besoins (dès les premiers jours et mois, cela lui permet d'ailleurs le lien d'attachement de se construire, c'est ce lien qui lui permettra plus tard d'accéder à l'autonomie et d'entrer positivement en relation avec les autres.)



Les personnes qui remettent en cause cette vision des choses s’arrêtent souvent uniquement à ces deux aspects de reconnaissance des émotions et écoute des besoins. C’est une erreur. Car l’enfant a évidemment aussi besoin de repères, de limites, d'un cadre et il est important de lui apprendre, au fur et à mesure de son développement, à avoir un comportement acceptable malgré l’émotion désagréable.



Cela donne donc :

« Je vois que tu es en colère, je comprends… mais je ne suis pas d’accord que tu frappes les autres. »
-> Je reconnais l’émotion

-> Je rappelle la règle (et je sanctionne si nécessaire).



Pour reprendre l’exemple de la fessée, ce serait non seulement nier l’émotion (et donc ne pas permettre au cerveau de maturer pour gérer lui-même l’émotion plus tard) mais en plus faire usage de violence, ce qui n’est pas admissible. (Il n’a pas le droit de frapper, pourquoi pourrions-nous le faire ?)

En allant plus loin, il n’y a pas que la fessée qui est violente. Et c’est là aussi toute l’évolution de la vision que l’on a de l’éducation.

En effet, les violences peuvent effectivement être physiques (fessée, tirer l’oreille, tape sur la main…)
mais également psychologiques. Et là, ça se joue dans les phrases, les attitudes que l’on peut avoir. Tout ce qui va donner là l’enfant le sentiment d’être rejeté, humilié, non pris en considération, pas respecté… Car oui, il est un enfant, mais est-ce une raison pour user de notre pouvoir d’adulte sur lui ? N’a-t-il pas droit lui aussi, en tant qu’être humain, d'être considéré ?


Ainsi, on va reconsidérer une série de pratiques, que l’on utilise souvent sans même y penser, « parce qu’on a toujours fait comme ça » : la mise au coin, le chantage (« si tu fais ce que je t’ai demandé, tu auras un jouet ») voire le chantage affectif (« si tu aimes maman, mange ces choux de Bruxelles »), la non-prise en compte des besoins (« termine ton assiette ») ou des émotions (« oh arrête de pleurer »), l’humiliation (« que tu es laid quand tu pleures »)…

Pour mieux comprendre ce qui est violent ou non, je propose souvent de transposer à des relations entre adultes. Comment vivriez-vous qu’on vous dise d’arrêter de pleurer, qu’on vous donne une tape sur la main quand vous voudriez plonger une dernière fois dans le paquet de chips, qu’on vous dise de manger ces yeux de porc si vous aimez vraiment votre hôte (oui, la répulsion peut être la même que pour les choux de Bruxelles !) ou qu’on vous mette au coin parce que vous avez ramené de la terre dans le salon en rentrant du jardin ?
Ce serait hors de propos, vous seriez blessé, voire très en colère ? Et bien, c’est la même chose avec des enfants. En outre, rien ne prouve que cela aide à faire rentrer les règles et le savoir-vivre dans leur petite tête blonde, bien au contraire.

 

 


« On n’en est pas morts »

Beaucoup des personnes qui restent réfractaires à cette approche éducative diront qu’enfants, ils ont reçu des fessées, qu’ils sont allés au coin, qu’on leur a crié dessus… et qu’ils n’en sont pas morts. C’est vrai, mais on ne souhaite pas à nos enfants qu’ils survivent seulement.
D’autres diront même qu’ils en ont reçu quelques-uns, mais que c’était nécessaire, sinon ils auraient mal tourné. C’est possible aussi, mais souhaite-t-on que notre enfant évolue dans la peur, ou dans la conscience du bien et du mal ?

Puis, utiliser consciemment la violence dans un but éducatif, c’est prendre le risque de basculer dans la maltraitance. Et personne ne le souhaite.



En outre, souvent on se souvient de la méga punition/gifle/fessée, mais on ne sait plus exactement pourquoi on l’a reçue… Alors que le rôle d’une sanction est justement que l’on prenne conscience du comportement inacceptable. Une sanction qui a du sens, qui permet de réparer, de réfléchir (pas avant 5-6 ans, car pareil, le cerveau n’est pas assez mature pour ça), permet vraiment de comprendre et d’intérioriser la règle.

 


Ça m’a échappé !

Le fait de focaliser sur la fessée interdite risque également de culpabiliser des parents qui seraient pourtant bienveillants. Ils savent que la fessée ne sert à rien, mais ce jour-là, épuisés, à bout, paf, elle est partie. Bien sûr ce n’est pas top. Mais ça arrive, et souvent on s’en veut.



Se dire qu’en plus on est hors la loi, c’est aller tout droit dans la chute libre de confiance en soi (et les parents d’aujourd’hui en manquent déjà). Or il y a une différence entre « utiliser consciemment la fessée comme méthode éducative » ou être débordé par ses émotions et le faire malgré soi.

Bien entendu, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, si c’est le cas, n’hésitez pas à vous faire accompagner. Mais si c’est occasionnel, comme pour une bêtise de votre enfant, réparez. Excusez-vous auprès de votre enfant, dites-lui que vous ne vouliez pas mais que vous ressentiez de la colère, de l’exaspération ou autre… S’excuser auprès de lui n’est pas un signe de faiblesse, au contraire. Les adultes aussi font des erreurs, et le reconnaître est un très bon exemple pour votre enfant.

 



Et maintenant que la loi est passée ?

La loi est passée. Les journalistes donnent cette mauvaise image qui fait que les sceptiques se renferment encore plus dans leurs arguments. Ceux qui ont envie d’en savoir plus lisent des articles, se documentent. Mais souvent ils connaissaient déjà un peu tout ça.

Selon moi, il est vraiment urgent d’aller un peu plus loin. Une loi, c’est bien joli. Mais c’est de prévention dont nous avons besoin, de sensibilisation. Mais aussi et surtout qu’on aide les parents à savoir quoi faire, à la place de ce qu’ils « ne peuvent plus faire ».

 

 

Et vous, qu'en pensez-vous?

 

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2019-01-21T14:00:16+01:00

Emerveillement Vs adolescence

Publié par Florence Beuken

Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été rêveuse. A l’école primaire, j’ai souvent entendu « Florence, tu es dans la lune ». Au collège, j’écoutais le prof d’une oreille, mais mon attention était surtout happée par tout ce que j’observais par la fenêtre.

Plus tard, j’ai choisi un métier qui me permettait de garder cette part d’émerveillement, cette « âme d’enfant » : quelle meilleure excuse pour jouer que d’être éducatrice ? Encore aujourd’hui, en consultation avec les enfants, je passe beaucoup de temps assise par terre à jouer avec eux, passant de « je m’éclate avec eux » et « j’observe ce qui se passe pour eux ».



Et passant d’une sorte d’extra-terrestre à une adulte qui s’assume, j’ai appris, intégré cet émerveillement des petites choses à mon quotidien. Cela faisait partie de moi, j’aimais.

Quand ma fille est née, j’ai eu à cœur de lui partager ces « waaaa regarde ça » et quel bonheur le jour où elle m’a dit, de derrière, toute minuscule, dans son grand siège auto : « maman, ‘garde, les nuages, c’est beau ! »

Je me souviens aussi, un jour après l’école, où j’avais arrêté la voiture pour aller cueillir un bouquet de fleurs des champs et où elle m’avait dit « maman, la vie est belle avec toi ! »

Depuis 3 ans, après avoir quitté ma Belgique natale pour m’installer en région lyonnaise, je me sens un peu comme en vacances. Et quand je voyage un peu, le plus souvent pour aller donner des formations dans des villes que je ne connais pas encore, quand je traverse les petits villages, quand je m’approche des montagnes, je suis régulièrement bouche bée en regardant les paysages.


J’ai une passion pour les nuages. Les montagnes me donnent une sensation de plénitude. Les petits villages typiques me font dire « on dirait qu’on est en vacances ? Et bien non, maintenant c’est chez nous ! » Il m’est même régulièrement arrivé d’avoir les larmes aux yeux en regardant autour de moi.


Et souvent, lorsque je le pouvais, je me suis arrêtée pour prendre une photo, histoire de partager « cette si belle image, tellement belle que ça serait injuste que je sois la seule à la voir. »




C’est pourquoi, mercredi, j’ai vécu un moment difficile.

Je conduisais ma fille à son cours de danse, à la MJC.

Et, m’extasiant encore, en mode « En Vacances ? Et non, chez nous ! », voilà ti pas (mais quelle sotte alors !) que je demande à mon ado de fille : « Alors, tu te sens encore en vacances quand on passe ici ? »

 

- Ben je passe tous les jours en bus, ici.

- Oui, mais ça ne t’empêche pas de trouver ça toujours beau.

- Mouais.

- Regarde là, par exemple (pointant mon doigts vers le haut, à droite)

- Mh… C’est un immeuble !

- Mais non, derrière, regarde, un château en ruine, avec le ciel tout bleu derrière.

- …

- (Là, je commence à m’exciter, je gigote dans la voiture) Imagine tout ce qui a pu s’y passer dans ce château, toutes les histoires…)

- J’aime pas l’histoire-géo.

-

Mais quelle déception !

J’essaie de me dire que c’est juste une passe. (Mon imitation des "ados blasés l'a en tout cas fait rire !) Que dans quelques années, elle retrouvera cet émerveillement. Ou qu’elle osera à nouveau l’assumer devant sa mère !



Et vous, qu’avez-vous vu de beau aujourd’hui ?

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2018-06-25T16:09:14+02:00

Le manuel du parent parfait

Publié par Florence Beuken
Le manuel du parent parfait

Ce n’est pas une grande découverte, on sait qu’être parent aujourd’hui est bien plus complexe qu’il y a un siècle. Maintenant, on cherche avant tout à être heureux, et comme on n’est pas tous heureux de la même manière, on sort des cadres confortables et sécurisants de nos ancêtres.
Le problème c’est que sans ce cadre, ok on chemine vers notre propre bonheur, mais purée que c’est compliqué de trouver comment faire lorsque personne ne nous l’a expliqué. Ou que justement Tata Renée et Mamy Chantal nous on dit des choses, mais que ça ne correspond pas à notre vision de la vie/du respect de l’enfant/de la place de chacun/du conseil de la voisine ou l’enseignante ou de la psy ou de [à compléter].


Une super solution

 

Comme chaque problème a sa solution, et que s’il n’en a pas, quelqu’un la créera toujours, le Monde a inventé ... (roulements de tambour) les livres de parentalité !
Les bibles Pernoud et magazine Parents ont longtemps voyagé de mère en mère (oui, les pères étaient peu concernés à l’époque, ou du moins c’était ce qu’on estimait normal). Ces ouvrages apportaient des conseils, ces repères qui manquaient… Puis le Monde s’est dit que, quand même, avoir plusieurs sons de cloche, c’était pas mal. Donc il en a créé d’autres. Puis comme le Monde exagère toujours, il en a créé trop. Beaucoup trop. Une rapide recherche sur le net vous montrera qu’en guise de magazines, on a largement le choix (on a le choix d’avoir du bon, mais aussi du moins bon, d’ailleurs…) et en livres, comment dire … nous sommes carrément ensevelis ?

J’adore les livres, je ne peux pas m’empêcher d’en acheter ou d'en emprunter. Plein. Sauf que là, pour me tenir au courant de tout ce qui existe, c’est carrément impossible. Il me faudrait une équipe complète qui lirait et me résumerait tout ce qui sort chaque mois.
Du coup, je ne lis plus que ce qui m’attire vraiment. Comme ce livre, qui a sauté sur moi un jour, dans cette supergrandesurface. Il était si beau, avec toutes ses couleurs. Il était clair, plein d’images, de photos, des petits tests, des schémas. Le tombeur de ces lecteurs !
En plus ! Il était soldé à 4 euros ! QUATRE EUROS vous vous rendez compte ? Personne, non vraiment personne d’un tant soit peu intéressé par le sujet ne pouvait passer à côté !


Y a des livres, ils craignent !



Bon, j’avoue, il y avait un mais. Parce que malgré le fait qu’il soit paré de ses plus beaux atours, ce livre avait un titre qui ne me plaisait pas : « Comment être une super maman ? »
Déjà, pourquoi rien que les mamans ? Moi qui suis une fervente défenseure des papas, je n’aime pas trop qu’on les mette comme ça de côté. (Bon, je spoile un peu : ils apparaissent quand même en photo dans le livre, les papas. Deux fois. Une fois où ils jouent avec les enfants. Une autre où ils sont à table et attendent que maman apporte le repas. Du papa tout craché, quoi !)
Le mal était un peu rattrapé dans le sous-titre : « 10 compétences  dont tous les parents ont besoin ». Ok, "parents", mamans ET papas. (On pourrait même imaginer belles-mamans et beaux-papas, mais je crois que je deviens trop gourmande, là!) Par contre, on fait attention aux papas (bieeeen !),  mais il y a 10 compétences. 10 conditions, en gros, pour obtenir ce permis de Super Parent. (paaas bieeen !)

Ça, moi tout de suite, ça m’embête ! Parce que je n’aime pas les recettes, je n’aime pas le cadre, je n’aime pas les bulletins de note.
En fait, ce livre au physique parfait, il allait en séduire des parents. Des parents qui cherchaient des repères, des parents qui peut-être n’avaient pas trop confiance en eux parce qu’ils n’y arrivaient pas comme ils l'auraient voulu (des parents normaux, quoi ! Peut-être toi !)… il allait te séduire et puis PAF ! Il te montrait en un coup de table des matières que non, décidément être un super parent ce n’était pas pour toi.
Ben oui, parce qu’en plus tu pouvais les économiser tes 4 euros : tu pouvais te détruire le moral dès la première page, puisqu’elles étaient déjà écrites en toutes lettres ces fameuses conditions.



Je vous le dis tout de suite : je ne suis pas une super maman !
Et voilà. C’est foutu. Je vais même arrêter ce métier, revendre Grandechérie à cette auteure, qui doit être la seule supermaman au monde, et aller élever des chèvres dans le sud.
(J’espère que je trouverai le livre « Comment être un super éleveur ».)

Plus sérieusement, comme je l’ai dit, je suis quelqu’un qui  n’aime pas les recettes. Je trouve que des petites méthodes, simples, qui souvent ne sont que du bon sens, cela peut aider parfois. Mais il faut aussi s’autoriser à ne pas accrocher, à avoir d’autres façons de faire, qui peuvent même changer dans le temps ou selon les contextes.
Puis si par miracle une recette fonctionnait, il y a de fortes chances qu’elle n’aurait pas le même effet avec mes autres enfants, ou avec ceux de la voisine, ou dans un autre contexte. Donc globalement, une recette, il y a plus de chance que ça ne marche pas.
Et si on est un parent qui cherche des repères (ce qui est souvent le cas si on lit tout ça), c’est qu’on n’est pas très à l’aise avec notre façon de faire, de penser… Du coup, se planter même avec des recettes, ben souvent on va se dire que décidément on est vraiment trop nul.
Puis on se retrouve chez le psy !

Je me souviens particulièrement d’une maman qui après son premier atelier Parents-papote® m’a dit « mais en fait, je suis une bonne maman, j’en avais toujours douté ! ». MAIS OUI !


THE recette pour être un bon parent

Moi, la recette que j’ai envie de vous donner, c’est celle-ci :
Pour être un super papa/une super maman, vous devez :
1. Etre un papa/une maman
2. Avoir une cape.


Comment ça, c’est ridicule ? Non ! pas plus que nous demander d’être TOUJOURS bien dans notre peau, calme, zen, attentif, en forme, tel qu’on espérait être et j’en passe.
Bien sûr qu’il est normal de se poser des questions, bien sûr qu’il est normal de ne pas y arriver, de péter un câble, d’en avoir ras le bol. Bien sûr qu’il est normal de se sentir largué face aux méthodologies trop théoriques, parce que nous sommes humains, nous sommes uniques, et nous sommes merveilleux !



Alors lâchez-vous la grappe !

Soyez fier de tout ce que vous faites déjà de bien ! Soyez fier de qui vous êtes !
Et si vous avez envie de rester qui vous êtes, tout en vous sentant mieux et en gérant ces petites choses qui vous embêtent, on peut en parler ici, en commentaires ou lors du défi « Je deviens le parent que je suis » dès juillet !





 

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2018-06-20T11:43:32+02:00

Faire sa part quand d'autres la détruisent au tractopelle

Publié par Florence Beuken
Faire sa part quand d'autres la détruisent au tractopelle

Ce matin, je m'apprêtais à écrire un billet sur les patients qui oublient de prévenir de leur absence, chose qui m'agace prodigieusement. Je voulais faire prendre consciencedu fait que oui, les thérapeutes sont des êtres humains et que vos oublis impactent aussi leur vie...

En attendant d'écrire (en bonne procrastineuse que je suis), je surfais un peu sur le net, je regardais mon fil facebook. Et, alors que d'habitude je fuis les infos, j'ai vu la vidéo de cette journaliste en pleurs, incapable de parler de ces enfants séparés de leurs parents et enfermés dans des cages.
Ça m'a bouleversée. Et je me suis sentie bien ridicule avec "ma matinée foutue" quand tant de personnes vivent des atrocités actuellement parce que d'autres, bien plus grands, oublient qu'il ne s'agit pas d'un virus, d'un problème mathématique, mais d'êtres humains, avec un vécu, une histoire, des émotions...

Douce révolution

Quand j'avais 18 ans, je me souviens que j'avais eu, comme beaucoup de jeunes de mon âge, une prise de conscience sur le Monde, la Société. Je voyais tout ce qui n'allait pas, je voyais les injustices. J'étais révoltée. Je ne savais pas encore comment mais je savais que je voulais faire changer les choses, à ma façon. Certains de mes amis m'appelaient la douce révolutionnaire. (Je n'avais pourtant pas encore de diplôme et ne pouvais pas me nourrir toute seule, mais ça c'est une autre histoire.)

Aujourd'hui, en voyant tout ça, de plus en plus, de plus en plus gros, de plus en plus inhumain, je revis la stupéfaction de mes 18 ans. Avec en plus ce sentiment d'impuissance que l'on peut avoir quand notre sensation d'omnipotence adolescente nous fait défaut à l'âge adulte... 

Faire sa part



Pendant des années, j'ai agi en colibri, j'ai fait ma part. J'étais convaincue que faire ce que je pouvais, à mon échelle, c'était déjà très bien. Dans mon boulot, autour de moi, avec cette fameuse bienveillance... Je prônais aussi cette philosophie, invitant les personnes autour de moi à faire ce tout petit machin, parce que ce petit machin, c'était déjà énorme. Et parce que plein de colibris ensemble, ça pouvait donner un sacré truc positif ! 
Je reste convaincue de ça. Et je continue.

Colibri VS Cracoucass

Mais si en face on a l'immense Cracoucas, qu'est-ce qu'ils peuvent faire les colibris, à part se faire bouffer? 


L'expression qui me vient, c'est "sauve qui peut". Mais sauver qui? Soi? Nos proches? Ce que l'on a ? Eux? L'origine de l'expression signifierait plutôt de sauver sa propre peau si l'on peut. J'avoue que cela ne me convient pas trop, mais en même temps si on ne se sauve pas soi, comment aider les autres?


Du coup, est-ce que ça sert à quelque chose qu'on prenne soin de notre petit village alors qu'à côté un pays entier est en train d'être démoli? Est-ce que les bisounours peuvent vraiment faire fondre le méchant Coeur de Pierre? J'ai envie de répondre oui, qu'il ne servirait à rien de ne pas prendre soin de ce qu'on a, que c'est toujours ça de donné, ça de beau, de positif, de bonne énergie que l'on répand autour de nous... Moi je choisis de continuer...

Mais aujourd'hui, je suis amère, triste, dépitée... Je me sens toute petite... Comment avoir l'esprit tranquille quand on sait tout ça?



Rassurez-moi, vous autres colibris, dites-moi comment vous voyez/ressentez tout ça? Comment vous agissez, vous aussi, à votre échelle? 

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