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2019-07-10T11:43:57+02:00

« La loi anti-fessée », dans les journaux, ça m’énerve !

Publié par Florence Beuken

 

Je dois avouer que je ne suis pas énormément l’actualité. Si une journaliste de Radio Classique ne m’avait pas appelée pour en parler, je n’aurais appris, comme tout le monde que la fameuse loi qui a fait couler beaucoup d’encre allait passer, le mardi 2 juillet.

Depuis, j’ai pu voir avec plaisir que beaucoup de médias s’en réjouissaient. Ce qui est une très bonne chose, sachant que cette loi n’est pas au pénal et a donc essentiellement une fonction symbolique avec pour but de faire changer les mentalités sur notre vision de l’éducation.

Ce qui est une nettement moins bonne chose quand on considère que la totalité des articles que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux se réjouissaient en fait du passage de « la loi anti-fessée » !

Excusez-moi, mais (heureusement nous ne sommes plus dans le « mois sans râler »), mais j’ai un peu de mal à contenir ma colère quand je lis ça !



Pourquoi ce n’est pas la loi anti-fessée ?

Parce que c’est la loi anti-veo (violences éducatives ordinaires), et non pas uniquement « fessée ». C’est-à-dire que chaque acte teinté de violence (un peu, beaucoup) et qui est utilisé dans un but éducatif est une veo. Donc oui le « je vais t’en foutre une bonne, tu comprendras mieux » en fait partie, mais pas seulement.

On évolue sans cesse sur la connaissance de l’homme, de son évolution, de son développement, de ses besoins. C’est ainsi que les recherches en neurosciences affectives ont fait des découvertes importantes ces vingt dernières années sur l’évolution du cerveau de l’enfant et son développement émotionnel. Ces recherches, expériences et études ont permis d’affirmer un certain nombre de principes sur l’éducation donnée à nos enfants, qui remettent en cause ce que nous avons appris, et probablement nous-mêmes reçu. Et le changement, ça secoue, ce n’est pas toujours facile de l’accepter.

Nous savons par exemple qu’un enfant n’est pas encore capable de contrôler, gérer et comprendre ses émotions avant l’âge de 5 à 7 ans. Il a besoin qu’on l’accompagne, qu’on reconnaissance et nomme l’émotion dans laquelle il se trouve (on parle même de « tempête émotionnelle »). Il a également besoin que l’on réponde à ses besoins (dès les premiers jours et mois, cela lui permet d'ailleurs le lien d'attachement de se construire, c'est ce lien qui lui permettra plus tard d'accéder à l'autonomie et d'entrer positivement en relation avec les autres.)



Les personnes qui remettent en cause cette vision des choses s’arrêtent souvent uniquement à ces deux aspects de reconnaissance des émotions et écoute des besoins. C’est une erreur. Car l’enfant a évidemment aussi besoin de repères, de limites, d'un cadre et il est important de lui apprendre, au fur et à mesure de son développement, à avoir un comportement acceptable malgré l’émotion désagréable.



Cela donne donc :

« Je vois que tu es en colère, je comprends… mais je ne suis pas d’accord que tu frappes les autres. »
-> Je reconnais l’émotion

-> Je rappelle la règle (et je sanctionne si nécessaire).



Pour reprendre l’exemple de la fessée, ce serait non seulement nier l’émotion (et donc ne pas permettre au cerveau de maturer pour gérer lui-même l’émotion plus tard) mais en plus faire usage de violence, ce qui n’est pas admissible. (Il n’a pas le droit de frapper, pourquoi pourrions-nous le faire ?)

En allant plus loin, il n’y a pas que la fessée qui est violente. Et c’est là aussi toute l’évolution de la vision que l’on a de l’éducation.

En effet, les violences peuvent effectivement être physiques (fessée, tirer l’oreille, tape sur la main…)
mais également psychologiques. Et là, ça se joue dans les phrases, les attitudes que l’on peut avoir. Tout ce qui va donner là l’enfant le sentiment d’être rejeté, humilié, non pris en considération, pas respecté… Car oui, il est un enfant, mais est-ce une raison pour user de notre pouvoir d’adulte sur lui ? N’a-t-il pas droit lui aussi, en tant qu’être humain, d'être considéré ?


Ainsi, on va reconsidérer une série de pratiques, que l’on utilise souvent sans même y penser, « parce qu’on a toujours fait comme ça » : la mise au coin, le chantage (« si tu fais ce que je t’ai demandé, tu auras un jouet ») voire le chantage affectif (« si tu aimes maman, mange ces choux de Bruxelles »), la non-prise en compte des besoins (« termine ton assiette ») ou des émotions (« oh arrête de pleurer »), l’humiliation (« que tu es laid quand tu pleures »)…

Pour mieux comprendre ce qui est violent ou non, je propose souvent de transposer à des relations entre adultes. Comment vivriez-vous qu’on vous dise d’arrêter de pleurer, qu’on vous donne une tape sur la main quand vous voudriez plonger une dernière fois dans le paquet de chips, qu’on vous dise de manger ces yeux de porc si vous aimez vraiment votre hôte (oui, la répulsion peut être la même que pour les choux de Bruxelles !) ou qu’on vous mette au coin parce que vous avez ramené de la terre dans le salon en rentrant du jardin ?
Ce serait hors de propos, vous seriez blessé, voire très en colère ? Et bien, c’est la même chose avec des enfants. En outre, rien ne prouve que cela aide à faire rentrer les règles et le savoir-vivre dans leur petite tête blonde, bien au contraire.

 

 


« On n’en est pas morts »

Beaucoup des personnes qui restent réfractaires à cette approche éducative diront qu’enfants, ils ont reçu des fessées, qu’ils sont allés au coin, qu’on leur a crié dessus… et qu’ils n’en sont pas morts. C’est vrai, mais on ne souhaite pas à nos enfants qu’ils survivent seulement.
D’autres diront même qu’ils en ont reçu quelques-uns, mais que c’était nécessaire, sinon ils auraient mal tourné. C’est possible aussi, mais souhaite-t-on que notre enfant évolue dans la peur, ou dans la conscience du bien et du mal ?

Puis, utiliser consciemment la violence dans un but éducatif, c’est prendre le risque de basculer dans la maltraitance. Et personne ne le souhaite.



En outre, souvent on se souvient de la méga punition/gifle/fessée, mais on ne sait plus exactement pourquoi on l’a reçue… Alors que le rôle d’une sanction est justement que l’on prenne conscience du comportement inacceptable. Une sanction qui a du sens, qui permet de réparer, de réfléchir (pas avant 5-6 ans, car pareil, le cerveau n’est pas assez mature pour ça), permet vraiment de comprendre et d’intérioriser la règle.

 


Ça m’a échappé !

Le fait de focaliser sur la fessée interdite risque également de culpabiliser des parents qui seraient pourtant bienveillants. Ils savent que la fessée ne sert à rien, mais ce jour-là, épuisés, à bout, paf, elle est partie. Bien sûr ce n’est pas top. Mais ça arrive, et souvent on s’en veut.



Se dire qu’en plus on est hors la loi, c’est aller tout droit dans la chute libre de confiance en soi (et les parents d’aujourd’hui en manquent déjà). Or il y a une différence entre « utiliser consciemment la fessée comme méthode éducative » ou être débordé par ses émotions et le faire malgré soi.

Bien entendu, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude, si c’est le cas, n’hésitez pas à vous faire accompagner. Mais si c’est occasionnel, comme pour une bêtise de votre enfant, réparez. Excusez-vous auprès de votre enfant, dites-lui que vous ne vouliez pas mais que vous ressentiez de la colère, de l’exaspération ou autre… S’excuser auprès de lui n’est pas un signe de faiblesse, au contraire. Les adultes aussi font des erreurs, et le reconnaître est un très bon exemple pour votre enfant.

 



Et maintenant que la loi est passée ?

La loi est passée. Les journalistes donnent cette mauvaise image qui fait que les sceptiques se renferment encore plus dans leurs arguments. Ceux qui ont envie d’en savoir plus lisent des articles, se documentent. Mais souvent ils connaissaient déjà un peu tout ça.

Selon moi, il est vraiment urgent d’aller un peu plus loin. Une loi, c’est bien joli. Mais c’est de prévention dont nous avons besoin, de sensibilisation. Mais aussi et surtout qu’on aide les parents à savoir quoi faire, à la place de ce qu’ils « ne peuvent plus faire ».

 

 

Et vous, qu'en pensez-vous?

 

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