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2019-10-29T14:48:45+01:00

"Salut, t'as fait caca?" Ou comment s'enquérir du bien-être de ceux qui comptent.

Publié par Florence Beuken

En discutant par message avec une amie qui venait de vivre pas mal de choses bousculantes, tant physiquement qu'émotionnellement, j'ai eu envie de m'enquérir de son bien-être et tout naturellement, sans y penser, je lui ai demandé comment elle allait.

En l'écrivant, j'ai eu cette réflexion "Mais purée, Florence, elle ne va pas, elle se pose enfin ! Et c'est ça qui est bon !"
Le hamster dans ma tête a alors sauté dans sa petite roue et entamé sa course folle.

 

J'apprends encore, et de plus en plus, à être dans le moment présent, dans la pleine conscience, à savourer les moments à parfois ne "rien faire" sans culpabilité... C'est également mon credo quand j'accompagne les personnes en burn out. Je pensais être consciente de la culture de la perfection, de la pression dans laquelle nous vivons, mais n'avais encore jamais remarqué que cela allait jusqu'à ces simples mots !
Comment ça va ? Non mais oh même là on doit être dans l'action, on doit "aller", être en mouvement.

A mes patients qui arrivent en séance, c'est ma première question, rituelle "Comment allez-vous ?", dans ce moment où ils posent pourtant enfin leurs fesses dans mes fauteuils douillets pour une heure dans leur semaine...
Certes, cela peut sembler ridicule, anodin. Mais ... le pouvoir des mots, quoi !

 



J'ai eu envie de partager cette réflexion sur ma page Facebook. Et là, une explication m'a été apportée. Même si, après une rapide recherche sur le net, j'ai pu voir que celle-ci était historiquement contestée, je l'ai trouvée assez intéressante. Elle daterait de la fin du moyen-âge, époque où la médecine générale s'ouvrait au plus grand monde et où les médecins prenaient la mesure de l'état de santé de leur patient en leur demandait "Comment ils allaient à selles" puisque "si le caca va, tout va" (celle-ci elle est de moi, je vous en fais cadeau!)


Certes les sites "docticissants" font se prendre beaucoup d'entre nous pour des médecins, mais quand même, pourquoi avoir gardé cette expression ? Parce que, souvent, quand nous demandons aux personnes comment elles vont, nous pensons à l'humeur, au moral, à la vie, plus qu'à la santé... Et, peut-être même, si j'en crois l'aveu de quelques personnes, qu'il ne s'agit que d'une formule de politesse qui n'attend pas de réponse réelle, laquelle rendrait mal à l'aise si toutefois elle était négative.

J'ai alors décidé de pousser (pardon pour ce jeu de mot très limite) un peu plus loin ma réflexion en allant chercher du côté de la médecine chinoise. En effet, j'aime cette approche car elle considère corps et mental intimement liés. Et même si en occident nous ne nous ouvrons que très timidement à cette vision de la santé globale, il faut avouer que dans le langage courant, certains signes nous montrent que nous n'y sommes pas aussi fermés qu'on pourrait le croire. (Vous n'avez jamais prononcé le fameux "Pète un coup, ça ira mieux", vous? )

Toujours est-il que les intestins, et tout ce circuit de la digestion représente, émotionnellement la facilité, ou la difficulté, à évacuer des choses, des crasses, à être, quand ça bloque, dans la frustration, les contrariétés... Ces choses que, finalement, on ne "digère pas". On parle même, de façon assez poétique, d'une "décantation de l'impur". Dit comme ça, ça semble si limpide (l'explication, pas... enfin vous voyez !)

Donc finalement, réalité historique ou non, quand nous demandons aux gens comment ils vont, cela revient un peu à dire "C'est ok, tu as bien évacué toutes les crasses de ta vie?" ou encore "tout est digéré? derrière toi?"



Ça me fait d'ailleurs penser à une époque où je concentrais toutes mes consultations en une journée, et où je commençais donc très tôt. Une amie avait beaucoup ri à cette anecdote que je lui avais racontée sur mon rituel de la journée : "quand j'arrive au centre de consultations, je dépose mes affaires dans mon bureau et je file aux toilettes. C'est nécessaire, un peu comme si je me débarrassais de mes soucis pour être ensuite entièrement disponible pour les patients." Quand j'y repense, je me dis que les chinois m'auraient donné raison. Et peut-être même les médecins moyennageux ! :D
(Inutile d'imaginer : je démarre maintenant mes journées plus tard, donc mon rituel est différent. Quoique si ça peut vous aider à être moins intimidé pour venir en consultation, libre à vous ! :D)

Outre ces considérations très pipi-caca (je dois avouer être encore très connectée avec ma Florence-de-5-ans-intérieure), je voudrais quand même revenir à ce poids des mots. Un des followers de ma page faisait le lien, à juste titre, avec cette question que l'on pose régulièrement pour faire connaissance : "que fais-tu dans la vie?" Mafalda ou John Lennon avaient des réponses que j'aime beaucoup. Mais nous, nous nous focalisons la plupart du temps sur notre profession. (Et je ne vous raconte pas le temps de silence voire de malaise lorsque je leur réponds) Ne sommes-nous que ce que nous faisons comme boulot? Ne sommes-nous que ce que nous faisons? Quelle tristesse de ne voir que cela...

Source pinterest



Je ne sais pas encore comment formuler différemment mes questions pour entrer en relation avec les gens. Mais une chose est sûre mon hamster dans ma tête m'a aidée à vouloir changer ces mots, pour les rendre plus alignés avec ma pensée, mon intention...

Certes, je vais passer pour une folle si je demande aux gens que je rencontre "Etes-vous heureux?" ou encore "Qui êtes-vous?" Pourtant ce sont les vraies questions que j'ai envie de poser...
Peut-être commencerais-je par "Comment vous sentez-vous?" aux personnes qui me connaissent déjà un peu?


Et vous, qu'en pensez-vous? Quelle intention mettez-vous dans vos "ça va?" Aimeriez-vous aussi changer les mots?
Et si on se créait un nouveau lexique?




 

 

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